Jeremie Jorrand - Actualités - Concerts - Chansons - Photos


Concerts à venir :

  • Pas de concert prévu pour le moment.

Concerts passés :

  • 18 déc 2007
    Café de la Plage
    Paris
    Jérémie Jorrand et Lontano avec Thomas Salvador, ça commence à faire un long nom. Trouver quelque chose. Mais quelque chose qui sonne comme un groupe, sans trop sonner comme un groupe, qui nous laisse un peu libres, autonomes, qui garde un peu à chacun sa solitude, qu’on ne s’y perde pas, quoi, qu’on ne s’y dilue pas.

    Et pourtant il faudra bien s’y mettre, un peu, à la dilution, pas à la dilution vraiment, pas à la fusion, mais au partage des chansons. Parce qu’on les partage un peu, mais pas toujours, comme encore un peu le sentiment d’être invité chez l’autre, et d’inviter l’autre. Bien sûr, ça sonne, on s’y amuse, chez l’autre, ou bien on l’accueille avec bonheur. Du moins, pour ma part, je l’accueille avec plaisir, cette double compagnie qui vient enrichir mes chansons. Je l’écoute arriver, fortifier, durcir, soutenir, je m’y perds un peu, parfois, et souvent m’y laisse aller d’un chant qui gagne en liberté.
    Et puis parfois je vais chez l’autre et ma timidité revient, tout juste si j’ose poser le pied dedans, tout juste si je ne reste pas caché dans l’entrée en attendant que ça passe. Ou bien, un peu peur de m’imposer, ou de brusquer les choses, ne pas poser mes grosses mains indélicates sur ce corps étranger, de peur de le défigurer. Alors, juste, petites touches du bout des doigts, sur la pointe des pieds, quelques faux mouvements, mais ça ira, ça ira, ça va.

    Un jour ça ira mieux, je les aurai dans l’oreille vraiment, ces chansons pas de moi, je les aurai dans les doigts et serai membre d’elles, nous serons trois membres d’elles.

    Mais avant toute chose, avant toute critique, il faut dire que c’était un bon concert.
  • 27 sept 2007
    à La Fanfulla 101
    Rome (It)
    Le principal inconvénient des déplacements à l’étranger, que ce soit au bout du monde ou chez nos proches voisins européens, c’est qu’il faut composer avec les différences culturelles. D’autant plus que, la plupart du temps, c’est le visiteur qui doit s’adapter, et non l’inverse.
    Visiteurs à Rome, nous nous devions donc de nous adapter.

    A 23h30, nous nous chauffions donc les poignets pour commencer à penser à rentrer sur scène, attendant pour cela que la pluie torrentielle veuille bien cesser et laisser un petit chemin entre les gouttes aux quelques Vespa qui ne s’étaient pas encore risquées à sortir ce soir pour aller boire un verre à la Fanfulla 101 où, par ailleurs, deux petits français devaient jouer à un moment mais pour l’instant ils se chauffent encore les poignets avant d’entrer sur scène (ils attendent pour cela que la pluie torrentielle veuille bien cesser).

    Le principal inconvénient des déplacements à l’étranger, que ce soit au bout du monde ou chez nos proches voisins européens, c’est que, la plupart du temps, les gens parlent étranger. (D’autant plus qu’ils ne parlent pas tous le même étranger, comme dirait machin).

    Voilà donc, tout ça est mis en place.

    Nous commençons donc le concert devant une salle qui se remplit comme un seau pendant l’orage : goutte à goutte, et abondamment (avec à chaque fois le bruit de la goutte, vous savez), et incapables d’aligner trois mots en italien entre les chansons, histoire de créer un lien avec les gens quoi.

    -« grazie ! » hum…
    -« grazie mille »…

    Et puis quoi, c’est encore une histoire étrange de gens qui, quand ils sortent entre amis dans un bar, ont envie de boire des bières, de discuter, de rire parfois.
    Coutume répandue.
    Dans une société parfaite, les gens sortis dans un bar le jeudi soir pour s’amuser resteraient bouche bée en entendant la première note sortir de la bouche du chanteur, n’oseraient plus lever leur verre de peur de le faire tinter, n’iraient plus pisser, ne bougeraient que peu, ne danseraient pas (ou seulement dans les moments où la musique le demande, mais pas trop), lanceraient quelques « woooo » enthousiastes lorsque la musique tend à s’animer, applaudiraient à tout rompre en glissant à leur voisin quelque remarque sur la structure du texte ou sur telle ou telle image poétique qui leur aurait plu, et rougiraient un peu en croyant croiser subrepticement le regard de Lontano.

    Mais non.

    Brouhaha, alcool, rires, débauche agitation,
    Ah ! Que Rome est cruelle au chanteur de chansons !


    Nous chantâmes donc pour ceux qui nous écoutaient : nos amis, et puis quelques inconnus gentils et attentifs, parce que, et bé on était là pour ça.


    Un énervement dans la gorge tout le temps. Un énervement d’autant plus présent qu’il ne peut avoir de cible. Comme centré sur lui-même, cet énervement, et qui irrite les lèvres et qu’on voudrait cracher, et qui gêne les doigts, qu’on voudrait balayer à grands revers de mains sur la guitare.
    Et finalement, cette sorte d’ennemi qui devient le centre des chansons, le catalyseur, le provocateur d’énergie : on se bat contre lui et la chanson pour cela est notre alliée, notre instrument.

    Ouais, quelque chose comme ça.

    On l’a pas eu l’ennemi, on l’a pas eu, ou alors plus tard, après la fin de ce concert écourté des chansons douces. On l’a pas eu pendant, mais il a sûrement habité les chansons d’une riche manière. On l’a eu plus tard, tué à petit feu dans la fin de soirée romaine, écrasé sur la table de bar, noyé un peu, éjecté dans la rue sous le ciel pluvieux du retour.

    Ouais, quelque chose comme ça.
  • 13 Juil. 2007
    à L'Ogre à Plumes
    Paris
    Lontano ouvre le bal. Ouvre un concert inédit : l’expérience de chansons mêlées, d’un répertoire à l’autre, d’une configuration à l’autre : solos, duos, trios. Il ouvre le bal en solo, plongée directement dans Dehors, et dans cette reprise de Snake Mountain Blues, que Townes Van Zandt ne renierait pas (« n’aurait pas renié » ? Est-il mort, envahi par le whisky, je ne sais pas.).
    Voilà donc, mesdames et messieurs, ce soir il y aura cette voix. Et puis je le rejoins pour un duo. Voilà, mesdames et messieurs, il y aura aussi cette voix. Les bases sont jetées, premier plaisir de mêler nos deux voix sur Cette Larme (et non « Stella », comme un spectateur imbibé de bière le crut.)
    Le chant est là, correctement posé, mais le cœur bat encore un peu vite, fait un peu trembler les jambes, rend les doigts et l’esprit fébriles sur la suite. Il faudra un « bon gros blues » pour se libérer un peu, se laisser aller à frapper la guitare, incarner les paroles, bref, se la jouer.
    Car c’est bien cela, interpréter : c’est se prendre pour un chanteur, ne pas faire le modeste, oublier ce flegme que tout le monde nous connaît. Sortir de soi un peu, étonner son monde, ne pas trop se regarder. C’est aussi, parfois, paradoxalement, livrer les paroles comme un texte étranger, ne pas trop y mettre son intimité. Sous peine de gêner l’audience. Je m’en rends compte, clairement, lors de chansons intimistes, qui parlent de peau et de baisers : il faut trouver le lieu où le public saura lire, sans trop nous lire, sans trop chercher à reconstituer notre vie : il faut que ces baisers soient les leurs. Exercice difficile, dosage à trouver : il faut absolument interdire à la larme de couler ; il faut réussir à la faire couler.
    Thomas, à la batterie, est entré, et bien entré, les premiers morceaux en trio ont pu prendre leur ampleur.
    Et puis on ressort de scène, en pleine montée.
    Lontano revient en solo.
    On se sent un peu seul sur son strapontin, à écouter d’une oreille les chansons se faire : on voudrait garder la tension, ne pas rentrer de nouveau sur scène vierge des morceaux passés. Surtout ne pas redevenir spectateur.
    Une reprise de Tom Waits, à deux, Chocolate Jesus : je m’amuse avec la voix grave, avec l’anglais aussi (ouais, je suis un chanteur de blues). Manque un peu de rocaille et de whisky dans la gorge, mais j’y travaille.
    Un superbe solo inoubliable à la kaboss, guitare malgache dont le principe est de sonner faux quoi qu’on y fasse. Bref, immense moment de rigolade, le public est hilare. Et ça ne fait que commencer.
    J’enchaîne avec Un rock, encore, un peu énervé, un peu trop de dissonances et de couinements, mais avec une voix qui donne comme elle doit donner : il est parfois bon de sortir de la voix grave et caressant l’oreille, pour ouvrir la bouche (je vois à ce moment ma bouche grande ouverte, et la colonne d’air, concrètement, remplir ma gorge) et chanter, chanter fort.
    Et puis, pour continuer la rigolade : Le Temps des Sourires, parlé, chanté, bas, bas. Je pense à Leonard Cohen jubilant en entendant sa voix amplifiée, sentiment absolument immodeste et qui me plaît et que je partage).
    De nouveau : sortie de scène. Lontano en solo, qui atteint le sommet de la poilade en usant de manière éhontée de son kazoo (qui n’est pas un instrument, qui est une sorte de truc pour faire rire).
    Et là, c’est l’engrenage. Lontano oublie les paroles de La Plaine ,qu’il devait reprendre à ma place. Je la chante donc, en me trompant dans les paroles (qui s’en sera rendu compte ?).
    Puis une pédale fait des siennes et m’oblige à une chanson bouche-trou toute foireuse, foireuse, vraiment foireuse (de « foire » : lieu où l’on vient pour s’amuser sans réfléchir). Nous entrons alors dans le final, en trio : Leonard Cohen (la chanson) est un tube. Un tube que les micros capricieux semblent vouloir altérer. Mais on s’en sort comme des chefs. Nous ne parlerons pas ici de ma chanson yé-yé, Dans une langue étrangère, que nous aurions dû répéter plus de deux fois avant de l’ajouter hâtivement à la liste.

    Ah, zut de zut, il n’y a pas vraiment de rappel, c’est frustrant : on avait prévu quelque chose ! Ah, si, une paire de mains s’agite, clappe en rythme : va-t-elle réussir à emmener les autres derrière elle ? Ah, deux paires de mains clappent, et comme les foules sont prévisibles, les autres suivent. On ne se fait pas prier. Et on se lance dans Avalanche, de Shannon Wright. Les deux voix reviennent ensemble, c’est agréable, le doux roulement de la batterie les accompagne, tout est calme.
  • 17 Mars 2006
    à La Machine à Coudre
    Marseille
    "A Martigues on est chauds."

    "Alors, tu es content d'être venu à Marseille pour laisser libre cours à ta névrose ?" dit-il.
    Et sans méchanceté, qui plus est. Avec une sorte de candeur imbibée, de condescendance ignorée, ou pleinement assumée, je ne sais.
    Et quoi, me serais-je senti attaqué qu'il aurait fallu me défendre. Mais non, je ne pus que m'étonner, dans un premier temps, d'une telle remarque. Rester interloqué, et puis donner le change par une réponse bafouillée, une mauvaise répartie amorçant poliment la conclusion de la discussion. Car la phrase ne me blesse pas, son contenu ne me blesse pas. Ce qui m'agace, m'irrite, me crée rougeurs et plaques, c'est le simple fait qu'on puisse la prononcer. Devant moi ou derrière moi ou n'importe où. C'est qu'encore une fois l'on considère la chanson comme un domaine à deux pans : l'un heureux, l'autre malheureux et torturé (il y aurait bien un troisième pan, qui serait celui de l'insignifiant, mais ça complique). C'est surtout que l'on prenne pour vérité cette pauvre hypothèse qui voudrait qu'une chanson drôle soit forcément l'oeuvre de quelqu'un de gai, et, donc, de non "névrosé". Vous rigolez.
    Moi je dis : "à bas la névrose".
    "Alors, tu es content d'être venu à Marseille pour voir Laure Chaminas en concert ?" dit-il également…

    Dix mois, donc, que je ne m'étais pas retrouvé sur scène. Dix mois que je ne m'étais pas retrouvé en coulisses, allongé blafardement sur le canapé, à siroter un verre d'eau à petites lampées, à jeter un oeil dans la salle et attendre qu'elle se remplisse, si jamais elle devait se remplir.
    En face, me dit-on, le même soir à Marseille, Camille, prête à prendre sa douleur à quelques 4000 personnes qui auraient pu venir ici, à la Machine à Coudre, et former une longue queue au milieu des rats grouillants du quartier Noailles. En face, me dit-on, Costes, prêt à se déshabiller et se branler devant quelques 300 personnes qui auraient pu venir ici, et qui auraient été déçues. En face encore, me dit-on, Toto, que je sais même pas ce que c'est à part qu'un nom comme ça ne vaut rien.

    J'arrive donc sur scène avec la certitude que les 40 personnes présentes (dont 30 payantes, merci à elles) m'ont préféré à Toto, ce qui me touche grave. Ou peut-être ces personnes sont-elles venues pour voir le concert de Laure Chaminas, juste après ? Mais à voir le nombre de visages connus, non. Encore une raison de ne pas traîner dans la salle : il y a là des gens que je n'ai pas vus depuis des années, et ce n'est pas le moment de faire les bilans croisés de nos vies respectives.
    Bon, on ne va pas passer le concert en revue, hein, comme d'habitude les deux premières chansons sont foirées, puis le rythme s'installe. Guillaume à la guitare donne aux morceaux beaucoup plus de relief qu'ils n'en avaient en répétition dans mon studio personnel entre la fenêtre et le lit. Relief qui tient d'une part à l'excitation d'être sur scène, mais aussi à la possibilité de faire enfin du bruit sans déranger Constance, la petite du 4ème. Une chanson, nouvelle, Dans une langue étrangère, y gagne beaucoup.
    Et puis, quoi, je voulais depuis longtemps jouer à Marseille. J'ai vécu à Marseille et je ne vais pas raconter ma vie. Mais il se trouve qu'un certain nombre de chansons concernaient un certain nombre de gens présents (qu'il est mystérieux !). Alors, des mots furent appuyés, dits avec plaisir, avec émotion, je me sentais parfois sourire entre les mots, sourire de connivence avec moi-même : je sais de quoi je parle, et je parle vraiment : je dis des choses. Il n'est pas anodin de chanter La Plaine à Marseille.
    J'ai aussi eu un peu l'impression d'ouvrir un peu les yeux, je me suis dit ça à un moment où j'apercevais un peu le bout de mon micro.

    Et il est bon de finir un concert n'importe comment, comme à la maison, avec une chanson quasiment pas répétée, un vrai rappel non prévu, qui fait du bruit, qui se brouille, et qui me fait sourire moi-même. J'entendrai même de quelqu'un -et c'est absolument faux- que cette chanson finale, A tant creuser, fut la meilleure du concert. C'est évidemment très mal jugé, mais ce qui est le plus surprenant fut la remarque suivante : "tout le reste est trop millimétré…". Et j'ai un problème avec ça : je ne crois absolument pas que je sois capable de faire quoi que ce soit de millimétré en musique (pour cela il faut savoir suivre un tempo, au minimum, et faire un accord dont toutes les cordes sonnent). La remarque est donc objectivement contrée. Mais il n'empêche qu'il y a quelques temps, je prônais la boue dans la musique des autres. Et me voilà taxé de millimètres ! Alors, d'où, remise en question, vous voyez ? Hmm ?


    Mais bref, toutes ces chansons ne valaient pas ce fameux refrain que le lendemain nous reprenions tous à pleine gorge dans le défilé non encore matraqué : "chaud ! chaud ! chaud ! à Martigues on est chauds !"
    Nous sommes tous des martégaux.
  • 1er Mai 2005
    le baiser Salé
    Paris
    Voir les photos du concert

    L'affiche est à l'entrée, à la terrasse de la rue des Lombards, très animée : au Baiser Salé, soirée Black Vibrations, Cinq Fois Novembre, Jérémie Jorrand…
    On se sent vraiment tout blanc.

    Donc, la black vibe passée, nous profitons des sept ou huit minutes mises à notre disposition pour faire la balance de Cinq Fois Novembre, puis la mienne. Ou du moins cela me parut-il sept minutes, ce qui rajoute évidemment à la confiance naturelle avec laquelle on arrive lors d'un premier concert avec une nouvelle formation.

    La salle est pleine, assise, boit de la bière en général.

    Ma partie débute en solo. Et, d'une voix qui ne veut pas sortir, pas se stabiliser, je passe petit à petit au plaisir de chanter, jouer et bouger. Je sais des yeux sur moi (environ 140, selon mes calculs), et c'est assez bon, pas intimidant, plutôt agréable. C'est étonnant, en fait, surtout : qu'ai-je fait pour me retrouver là, au centre de l'attention, l'ai-je vraiment cherchée, précisément, cette attention, ou voulais-je simplement offrir des chansons, de la poésie, je ne sais quoi ? Quelle part y a-t-il d'autosatisfaction dans le fait de s'agiter sur scène ? Bref, quelques questions qui me traversent l'esprit entre deux paroles, entre deux accords : on pense à des tas de choses en chantant.
    Où vais-je bien pouvoir trouver mon taxi pour rentrer tout à l'heure ?

    Petit à petit, donc, les chansons prennent le dessus, et gagnent, effacent enfin la question du taxi, effacent les allées et venues du serveur de bières : je chante. Parfois revient une histoire d'yeux : suis-je en train de les ouvrir, vraiment, non, ils sont à moitié ouverts, je dois avoir l'air endormi, ouvre-les, regarde au loin, "c'est par tes yeux que tes chansons s'offrent au public", comme pourrait dire -mais dans un vocabulaire à l'ésotérisme plus marqué- ma prof de chant.
    Je chante, donc, et m'amuse : certaines chansons, comme A Mille Lieues, m'apprennent même que je peux parfois avoir un rapport léger avec ma guitare : elle n'est plus une ennemie, dans ces moments, mes doigts et elle s'amusent avec moi. Continuez comme ça, doigts.
    Le moment de jouer en trio arrive. Sébastien prend place derrière ses toms, et Guillaume, anti-folk à mort dans sa chemise manche courte à carreaux, tout droit sorti de l'underground new-yorkais, enfourche (?), emmanche (?), embandoulière sa guitare.
    Trois chansons, qui débutent par Joli Drame, qui, à en juger par ce que j'entends (ma guitare, ma voix, un peu de batterie à gauche, un tout petit peu de guitare à droite), semble se passer correctement. La suivante, Les Mains Sur Le Goudron, une nouvelle chanson, est molle, trop rapide, sans dynamique, légèrement désaccordée. Disons même "ratée" : mais sachez-le, spectateurs du Baiser Salé le 1er mai, sachez-le : c'est une belle chanson (à mon avis). Puis Le Coq nous permet de nous défouler dans un bruit assez important, pliés en deux sur les guitares et énervés sur les baguettes.
    Nous sommes dans un club de jazz, j'y pense à ce moment, où les guitares ouaouatent et se distordent : je pense au public assis du jazz. Je pense à la sorte d'impuissance que l'on a à écouter une rythmique insupportablement syncopée, un solo de saxophone haché : c'est une violence faite à un public assis, il ne peut que bouger sans logique, dodeliner de la tête. Se lever n'y ferait rien : on ne peut pas danser là-dessus. C'est une frustration entretenue, une musique qui n'est pas faite pour tourner autour, mais pour sentir une violence bouillir.
    Et comme spectateur, j'aime sentir que ça bout.
    Alors j'aimerais faire bouillir un peu.

    Bref, j'aimerais être John Coltrane.

    (j'écoute, en écrivant ceci, l'album Over The Sun, dernier de Shannon Wright : je crois qu'on est dans le sujet)


    Quelques chansons encore, dont Le Temps Des Sourires version solo, rognée d'un couplet qui ne s'avança pas assez vite sur les lèvres et se fit doubler par le suivant (je sais bien que personne ne s'en rend compte, et c'est tant mieux, mais alors à quoi bon travailler autant les textes ?)
    Enfin, sortie de scène avec mon grand orchestre historique : Pierre-Yves, et Un Rock, Encore, encore.



    En écoutant Cinq Fois Novembre, après, je me dis deux choses contradictoires :
    1-   (pour ordonner mon propos) On a encore du boulot pour sonner comme un groupe, comme eux sonnent comme un groupe : c'est très précis, plein d'idées, de variations, ça ose des envolées instrumentales improbables, et tout ça, c'est impressionnant, est joué ensemble : les descentes au calme, les remontées, les énervements.
    2-   (partie qui contredira la première, si vous avez suivi) J'aimerais parfois que ça bouille plus (vous dîtes, si vous vous lassez de la métaphore de la bouilloire, hein). Je voudrais que cette précision louée laisse parfois plus de place au foutoir (je le sens venir à la fin d'Assez Paris, par exemple). Quitte à travailler le foutoir. Qu'il y ait un peu de la boue de novembre qui vienne salir un peu, quoi.


    Je reviendrai pour deux chansons avec 5x11 à la toute fin du concert. Aveugle Ou Presque, en particulier, qui sonne bien maintenant en version disco-punk (oui, on m'a dit ça, "disco", alors je l'écris : c'est n'importe quoi, mais je me sais tellement loin de toute velléité disco que l'idée me plaît assez : je suis coquet).


    Et finalement, le taxi je le prendrai sur le boulevard, à coté, en attendant longtemps : il y a un vrai problème de taxis à Paris, mais j'ai lu dans 20 minutes qu'ils allaient y remédier.


  • 25 Fév. 2005
    Studio de
    l'Ermitage
    Paris
    Concerts de Jérémie Jorrand, Cinq Fois Novembre, Choc et Sidi Ali

    C'est une sorte de rideau en velours à côté de la scène, qui délimite un petit espace jonché de housses de guitares, de manteaux en vrac. Ce sont les coulisses.
    Choc a commencé à chanter depuis quelques minutes. La salle se remplit. Se remplit d'inconnus et de connus, tant de bises à faire : il faut fuir. Je ne suis pas encore très sûr de mes rituels, en ai-je ? Pas sûr des superstitions que je veux me choisir. Disons qu'il m'importe de n'avoir pas trop de bises à faire cinq minutes avant une entrée en scène. Alors je fuis, caché derrière le rideau de velours, vautré sur une chaise inconfortable, yeux fermés, j'entends au loin, j'éloigne le bruit environnant, la musique qui se fait, Choc me pardonnera. Je respire. Parfois je mets ma main à plat en l'air devant moi, je regarde : tremble-t-elle ? Dans ma tête il y a principalement le Si mineur qui ouvre la première chanson, pas grand-chose d'autre. Oh, si, il y a ce bruit environnant, parfois, qui vient à mes oreilles :
    les gens papotent.
    Je pense à Choc, à ce qui arrive à ses oreilles quand ses chansons se font douces. Je ne l'envie pas. Voilà le défi : tu devras les faire taire sans leur dire de se taire.

    Choc en a fini. Je la croise derrière le rideau de velours. Ma main, à plat, se tient plutôt tranquille.

    Me voilà bien entouré. Une dizaine de guitares, la batterie qui trône, câbles et micros qui fourmillent.
    Faisons du rock, on est là pour ça.

    C'est un concert étrange. Tendu. Tendu à l'image de cette première chanson, La bouchée de pain, à la guitare acoustique, qui y gagne en violence. Tendu dans le rapport au public : je suis sur mes gardes, dresseur attentif et inquiet.
    Mais je m'amuse, mes pieds sont libres, des chansons comme Joli drame viennent à point pour bouger, grimacer, attaquer les cordes avec violence, ah ! avec violence !
    La violence, c'est là que le set a pêché. Quatre chansons douces au milieu ont eu raison de l'attention relativement globale de la salle. Je bâcle donc La Plaine et Le faux-plat : je la joue énervé, ma parenthèse bucolique.

    Au milieu du set il y a une apparition de Lontano, en duo sur une reprise de Laura Veirs. Très appréciée, la voix haut-perchée de Lontano (qui sait par ailleurs descendre bien plus bas).
    Oui, Lontano fait des chansons, des chansons à lui, aussi. Il faut les entendre. Pour les entendre, c'est très simple : il faut connaître Lontano, aller chez lui et lui chiper un disque, c'est la seule solution, pour l'instant. Nous nous arrangerons pour en trouver une autre.
    Les dernières chansons avec Pierre-Yves, nous finissons sur "Un rock, encore". Une sorte de tube, "Un rock, encore".

    Je sors de scène comme au terme d'un combat, sonné, et heureux d'avoir livré bataille. Une bataille sans ennemi vraiment. Pas d'autre lutte que celle qui consiste à livrer des chansons pleines et dignes d'attention.
    Je sors de scène : derrière le rideau de velours, Sidi Ali accorde sa guitare. Je me sens très léger et le voilà, lui, encore chargé de ses chansons à venir, chargé de l'incertitude qui m'habitait 50 minutes plus tôt. C'est là, derrière le rideau, que l'on se passe le relais : "j'ai couru ma distance, prends ce poids agréable et fais-en bon usage". Je l'envie un peu, Sidi Ali, à ce moment : que me reste-t-il à faire ?
    Il est temps d'aller faire des bises.


    La promenade dans le public.
    Les gens sont gentils. Connus ou inconnus. Attrapent par le bras. Sourient de loin. Au comptoir glissent un mot. Dissertent sur la voix, sur un texte. L'impression d'avoir un sourire collé, sans trop savoir quoi dire. Envie de me foutre dans un coin, rester seul, ou alors de plonger pleinement là-dedans. Le sentiment d'avoir fait mon boulot, heureux d'avoir pu toucher certains. D'avoir un peu fait connaissance.
    L'impression de faire du Souchon, là, à faire des phrases sans sujet.


    Retour au sujet.
    Sidi Ali chante. Je n'arrive pas à être attentif, et je m'en veux : des morceaux se construisent, couche après couche, deviennent instrumentaux, et la voix discrète, et la présence sur scène, sûre présence…
    Puis Cinq Fois Novembre, l'orchestre symphonique de la soirée, qui remplit la salle de son son. J'aime Cinq Fois Novembre quand ils deviennent violents, et Cinq Fois Novembre, de plus en plus souvent, se fait violent.


    No future.
    Je crois, à bien y réfléchir, que je suis un punk. C'est même évident. Ca n'aura échappé à personne. Je suis le dernier à m'en rendre compte. Nous jouons Aveugle ou presque avec l'orchestre de Cinq Fois Novembre. Ah, qu'il est bon d'entendre une lourde basse, une batterie qui oscille entre grande finesse et épaisse brutalité, une guitare saturée à mort ! Aveugle ou presque est une chanson punk, point. Et moi avec.

    Et Les joues douces ou La Plaine ou Coup dans l'eau n'y changent rien. Il va me falloir assumer cette révélation.


  • 10 Déc. 2004
    Lille
    le Biplan
    Avec Pierre-Yves Fouré, qui joue de la guitare électrique.
    Voir les photos

    J'ai quelques cordes cassées, mais ça va, merci.

    Je commençai, dans la première chanson, par la corde de Sol. Première chanson, Sous l'escalier, qui, bien sûr, était prévue comme une entrée en matière, allant de la douceur à la violence, progressivement. Première chanson qui en entraînait deux autres, tout aussi énervées, qui plus tard laissaient la place à un peu de douceur. Tout ce qu'on se dit quand on triture son répertoire pour en faire une set-list cohérente. Elle était belle, cette courbe de tension, avec ses pics et ses creux !
    Mais la corde de Sol mit son grain de sel, et se ménagea 5 à 10 minutes de pause, après la première chanson, pour se changer. Et, capricieuse, changea de ton tout au long du concert. Il fallut s'occuper d'elle entre chaque chanson pour la ramener au Sol.
    Non, il n'est pas agréable de sentir une corde lâcher dans ses doigts au début d'un concert d'une heure et demie. On y pense, après. On se dit : " là, n'attaque pas trop fort, la corde de Si va vouloir imiter sa voisine ". On se dit : " corrige un peu avec le majeur de la main gauche, il manque un huitième de ton… ". On se dit des tas de choses qui n'ont rien à faire dan l'interprétation d'une chanson. Alors les bonnes résolutions s'en vont : " cette fois-ci, je raconterai des histoires, je ne réciterai rien, j'habiterai les paroles, j'ouvrirai les yeux… ". Peu d'yeux ouverts, donc, et peu de paroles habitées, vraiment.

    Mais tout de même, une voix plus à l'aise (oui, je prends des cours de chant, et je vous pète des verres en cristal quand vous voulez), tout de même quelques jolis moments, et rien de douloureux, rien qui ne rende le temps long : je sors de scène avec l'impression d'y être resté un quart d'heure. Et bien sûr le plaisir d'entendre que trois répétitions suffisent à Pierre-Yves pour placer son grain de sel et relever le tout (métaphore culinaire).

    (A propos, allez faire des concerts au Biplan, on vous y sert de délicieux repas)

    Aussi, je cassai la corde de Mi grave (celle qui fait 1,27 mm d'épaisseur) sur le dernier morceau, et je n'en suis pas peu fier.

    Paragraphe sur le plaisir de la sortie de scène : J'aime le moment où l'on se retrouve dans les loges, où l'on se regarde, en se demandant si l'on est heureux de ce que l'on vient de faire, où l'on sait que le public fait aussi le bilan (ou alors commande simplement la bière qu'il n'a pas osé demander pendant la chanson douce). Où David sort la tête de sa console, et l'on tente de lire sur son visage son niveau de satisfaction. Et puis on redescend affronter les gens, et puis on se sent bien et un peu seul.

    Je veux à présent répondre à ma cousine lilloise, qui me fit remarquer que mon concert, c'était pas la grosse teuf :
    Je ne suis pas Marcel et son orchestre (groupe lillois de rock "festif", comme ils disent), et je n'ai aucune envie ni aucun besoin de mettre une perruque pour amuser la foule. Si je sais qu'offrir un concert fait partie de "l'entertainment", je sais aussi qu'il ne m'importe guère d'amuser pour amuser. Je ne vois aucune raison pour que la chanson, la musique en général, se force au festif. Et arrêtons de dire, après une chanson de Leonard Cohen, "bon, et bien je vais me jeter par la fenêtre", car ce trait d'humour n'est pas drôle. (rires)
    Je veux qu'une chanson puisse être sérieuse, profonde et émouvante, car cela, à mon sens, remue bien plus, à l'intérieur, qu'une chanson qui remue à l'extérieur.
    Ha ha ha. Et je vais bien, merci. Rien d'extraordinaire. Rien d'extraordinairement triste. Mes chansons ne sont pas tristes. Elles ne font que mettre en forme et en texte des choses banales, des choses que vous connaissez, des choses tellement simples, mon dieu, tellement simples !


  • 21 Mai 2004
    Bonn (All.)
    Café Tiferet

    20 Mai 2004
    Köln (All.)
    Café le Pop
    En première partie de Finsbury Park.

    David, l'homme que, si j'avais un vocabulaire anglo-français à la cool, j'appellerais mon coach, est un allemand blond qui a vécu à Cologne, et qui m'a dégoté ces deux concerts.

    Un Köln Concert pour commencer, dans un café ultra-design, qui programme régulièrement de la nouvelle chanson, comme disent les allemands : " Heute Abend Jérémie Jorrand, Nouvelle Chanson, Paris ". Héhéhé.

    Une cinquantaine de places dans ce petit espace, et plein d'allemands dedans, qui ne comprennent rien à ce que je raconte, à part : " Ich bin Jérémie Jorrand, und ich spreche nicht Deutsch ". Ils peuvent aussi suivre les paroles traduites sur une feuille prévue à cet effet par les soins de celui que si j'avais un vocabulaire anglo-français à la cool j'appellerais mon coach.
    Ca donne ça :


    Es ist soweit,
    nun habe ich genug zu sagen
    nun ist es Zeit für ein Lächeln

    Der Mund ist voll der Worte derer du harrst, die
    Du von Anfang an Beginn unausweichlich
    weisst, und die jetzt nach Monaten hervortreten,
    so sicher, reif und trocken im Klang.

    Der Mund hat nun wieder ein Lächeln für all
    diese ärmlichen Stunden, verbracht in zu heissen
    Zimmern, die Liebe streichelnd, ohne etwas
    anderes zu erreichen als nur Haut, die für diese
    Wenigkeit kaum ein Zucken übrig hat.


    Hihihi…

    Il y a une belle écoute, beaucoup de plaisir pour moi, les yeux fermés, bien sûr, toujours, malgré moi, mais j'aurais aimé voir les gens me voir. Et je suis confiant, eu un peu mal au ventre, mais qui s'échappe bien vite et qui me laisse me lancer tête baissée dans une reprise casse-gueule de Hallelujah, qui fait toujours son effet, dans Un rock encore, aussi, bien libéré.
    Et je balaie en un soir le souvenir de la semaine précédente.

    Après je mange un kebab sur le trottoir.
    Les kebabs sont bien meilleurs ici.
    Et moins chers.
    Ils ne les farcissent pas de ces frites grasses.

  • 14 Mai 2004
    Paris
    l'Ogresse
    Avec le grand orchestre de Jérémie Jorrand.
    1ère partie : Nathanaël


    Concert refoulé de nos mémoires.
    Le public semblera pourtant satisfait…
    Mais nous n'osons presque pas sortir des coulisses de peur de devoir affronter des compliments auxquels nous ne pourrons répondre que par des "merci, vous êtes bien gentils".

    Voilà donc expérimenté le concert apparemment routinier, celui pour lequel le ventre ne se tord même pas un brin.

    Il faut que le ventre torde un brin.

  • 26 Fév. 2004
    Paris
    l'Ogresse
    Premier concert solo. Entamé par une toute nouvelle chanson : " vous êtes ignorants des choses de l'amour ", qui date, selon mon cahier, du 02/02/04. Comme s'il y avait eu une sorte d'urgence à la chanter en public… Et qui dit nouvelle chanson dit interprétation bancale, et qui dit première chanson bancale dit concert foireux. Le public semblera pourtant satisfait… le voilà non seulement ignorant des choses de l'amour mais aussi des choses musicales.

    Quand même un joli duo avec le bientôt célèbre bluesman Ben Loveluck à la voix et à l'harmonica, sur une reprise de Love in vain de Robert Johnson.
    A faire lever les foules.

  • 26 Jan. 2004
    Roubaix
    la Cave
    Aux Poètes
    En première partie de Mendelson.
    Voir les photos

    Il y a quelques années, mon frère me tendit un disque en me disant : " écoute ça, ça devrait te plaire : Leonard Cohen, à coté, c'est la compagnie Créole ".

    Ma première réaction fut alors de constater avec bonheur qu'après tant d'années mon frère avait réussi à cerner -en gros- mes penchants pour la musique festive.

    Puis j'écoutai le disque : Mendelson, Quelque Part. Je l'écoutai en boucle, cédant une fois de plus à la monomanie qui toujours accompagne mes heureuses découvertes musicales.

    Et me voilà donc, le 26 janvier 2004, à Roubaix à jouer en première partie de Mendelson. Une vraie salle de concert, avec une vraie scène de 10cm de haut et un vrai plafond de 2m de bas. Environ 50 personnes dans le public, dont 20 cousins et amis. Mais ce n'est pas rien d'être là, d'avoir répété encore et encore, de s'être tordu le ventre pendant des heures, et de chanter. Oui, je me serais presque cru chanteur, pendant 40 minutes, et un peu plus, devant ce public qui avait même payé pour entrer.

    Quelques moments de grâce, à entendre la musique se faire et la voix sortir, à écouter ce que fait Pierre-Yves à coté avec sa guitare.

    Et puis quoi, peut-être qu'être chanteur ne dura pas que 40 minutes, mais plutôt deux, trois jours : prendre le train, une guitare à la main, dormir chez l'un, manger chez l'autre, ne pas dormir aussi, ouais. Trop rock'n roll.

  • 4 Déc. 2003
    Paris
    l'Ogresse
    Salle comble à l'Ogresse pour un triple concert. Nous passons, avec Pierre-Yves, après un groupe appelé pour l'occasion Le chinois de Beaubourg, composé d'une chanteuse forcément superbe et de trois lascars, pseudo-italiens bourrés en costards défraîchis, qui passent d'une chanson italienne déglinguée à de jolies balades. Je ne sais pas si le groupe existe toujours, ou s'il a même jamais existé.

    Un peu l'impression de me prendre au sérieux après ça, entamant le set par Les joues douces, chanson à mes oreilles légère mais que, bizarrement, la plupart des gens trouvent plutôt triste.
    Les gens ne comprennent rien.

    Quelques nouvelles chansons, dont une parenthèse comique, concession honteuse à la demande populaire : une Chanson poétique, qui fait dans le burlesque, un Tu n'es pas si beau dans l'ironie aigre (et franchement hilarante, à mon sens) ou dans le show rock'n roll avec un solo dentaire de PYF qui a alors du mal à contenir l'hystérie collective qui naît dans l'audience. Bref, un peu de détente pour faire passer la pilule de chansons comme Le temps des sourires ou La Plaine, franchement plombées (mais qu'une ambiance plombée est douce aux yeux et aux oreilles de celui qui l'initie à dessein !).

    Nous sortons de scène, souriants.
    Puis nous écoutons le troisième groupe, Modesto.
    Puis nous mangeons du couscous.

  • 10 Juil. 2003
    Paris
    le Nun's
    C'est le premier concert et la question est : ces chansons jusqu'alors jouées exclusivement dans ma chambre, éventuellement dans le salon d'un ami, vont-elles supporter d'être livrées en pâture à un public large, assoiffé de bière ?

    Large est un bien grand mot, certes : je n'attire pas encore les foules sur mon simple nom. Mais l'impressionnante marée humaine qui se rue aux portes du Nun's et à son comptoir est au moins rassurante sur un point : mes amis sont nombreux, fidèles et sacrément gentils (le chantage affectif ayant précédé le concert y est, il est vrai, pour beaucoup).

    Alors, et bien le concert fut bon, bon comme un premier concert. Je suis à l'aise sur scène, et c'est une agréable découverte. Le soutien rassurant de Pierre-Yves à la guitare y contribue sûrement (c'est que l'homme, malgré le nombre de répétitions peu élevé (disons 2), retombe toujours sur ses pattes). Quelques reprises (Lumières, de Manset, The cars hiss by my window (The Doors) avec un solo d'harmonica vocal dans la salle, et For no one, des Beatles, qui restera dans le répertoire). Le reste de compositions, douces ou moins douces qui, satisfaction ultime (et question redoutée), réussissent à amener le silence de la salle (pour celui de la rue Saint Maur il nous faudra encore un peu de travail).

    Sentiment étonnant d'enfin montrer un travail de plusieurs années, d'offrir des textes intimes à des oreilles étrangères, qui n'y comprennent rien, ou bien plus que l'on ne croit, qui tentent de nous lire peut-être à travers eux et qui n'y parviendront que partiellement, à voir un bonhomme s'échiner sur une guitare qui lui résiste, et découvrir lui-même les mouvements de ses pieds sur sa propre musique.

    Sortant de scène, me voilà projeté le soir de mon mariage (pour peu qu'il y en ait un un jour) : des tas de gens venus pour moi viennent me voir les uns après les autres : " félicitations, tous nos voeux de bonheur… ". Et j'encaisse, sourire aux lèvres et coeur allégé, mais avec ce souci latent : après la fête le travail du quotidien va reprendre et il s'agira de repartir sur d'autres projets, et faire en sorte que le début de l'histoire ne soit pas son sommet.