Leonard Cohen :


Elle est grave et s’aligne à la nuit
Et s’en sort en faisant des prières
Oh prions à mi-voix, je te suis,
Que nos voix se glissent sous la terre

Creuse, creuse et force un peu plus bas
Souffle au feu, souffle à moi cendres et braises
Qu’un éclat rougissant vienne à moi
Marque à peine la peau

Brûle, brûle, éclaire encore
Sous des tonnes de terre et de rares accords
Sous le poids d’un rocher roulé devant le mort

Combien de nuits et de prénoms alors
De lumières allumées dans ce sombre décor

C’est qu’on sait qu’on s’éteint sans détour
Et fragiles on se brise au coucher
Si la nuit s’amène à découvert
Sans le sucre et la ouate où tomber

Viens-là, tiens-moi, que tes bras sont solides
Qu’on s’y sent comme à sentir la terre
C’est l’automne et les feuilles humides
Tombent, dures, en douceur à terre


Brûle, brûle, éclaire encore
Sous des tonnes de terre et de rares accords
Sous le poids d’un rocher roulé devant le mort
Sous les pas du bourreau la main tenant son fils
Ou le bûcher encore et Jeanne en sacrifice

Combien de chambres et de prénoms alors
De lumières allumées surplombant les corps

Elle est grave et s’aligne à la nuit
Et s’en sort en faisant des prières
Oh prions à mi-voix, je te suis
Et glissons en douceur à la terre


© Jérémie Jorrand, tous droits réservés